Retour sur les négociations de Genève INC 5.2

Traité contre la pollution plastique : Les pays  ambitieux ont refusé un  texte au  rabais

Si nous regrettons l’absence de traité à Genève, nous saluons le refus d’un texte au rabais qui aurait empêché de résoudre efficacement la crise de  la pollution plastique. L’enjeu après Genève est de construire le texte nécessaire au plus vite, grâce à une collaboration accrue des États ambitieux et de ceux réellement ouverts à la négociation.

1. Des négociations difficiles mais des lignes rouges tenues

Du 5 au 14 août 2025, 184 pays se sont réunis à Genève pour la session INC-5.2 de négociations du traité international contre la pollution plastique, sur la base du mandat initial (définir un instrument pour mettre fin à la pollution, juridiquement contraignant et portant sur l’ensemble du cycle de vie des plastiques) et du texte issu de la session précédente. La réunion de Genève constituait en effet la deuxième partie de la  5ème session de négociations engagée à Busan en Corée du sud  (novembre – décembre 2024).

Au total, 3 700 participants étaient présents, incluant au-delà des 184 pays négociant, des ONG, des scientifiques et des représentants industriels. Malgré l’ampleur de la mobilisation, la session n’a pas permis d’adopter un traité au vu des positions irréconciliables en présence et de l’absence d’ouverture de certains Etats

Le processus a été jugé non transparent et non démocratique, sclérosé par le principe du consensus, favorisant au final les intérêts de quelques États producteurs de pétrole et de plastique.

2. Une forte mobilisation associative, scientifique et médiatique

Point fort de ces négociations, la société civile et la coalition scientifique indépendante se sont mobilisés massivement et ont soutenu les pays ambitieux en apportant expertise et incitation à maintenir les indispensables lignes rouges pour un traité efficace.

  • La science est en effet de plus en plus alarmante sur les impacts environnementaux et sanitaires du plastique. La coalition scientifique a particulièrement insisté sur les impacts sur la santé humaine et alerté avec la diffusion du documentaire  “homo plasticus”.
  • En savoir plus sur la Coalition scientifique
  • Les associations ont également organisé de nombreuses actions tout au long du processus pour réclamer un traité ambitieux et courageux, avec des regroupements et des messages clairs tels que « Cut plastic production, don’t fuel our destruction ».  Les principales recommandations concernent  la réduction de la production mondiale de plastique et des restrictions sur les produits plastiques polluants et les substances chimiques préoccupantes.
  • 140 signataires de notre appel “Deplastify our water”. Lancé avec la Coalition eau, ce texte appelle à réduire les bouteilles en plastique, 2eme déchet le plus polluant à l’échelle mondiale après les sacs plastiques, et à investir sur l’accès à l’eau potable pour tous.
  • Appel à la responsabilité et à plus de démocratie

Les mobilisations de la société civile se sont intensifiées au vu de l’enlisement des discussions,  sous forme de manifestations silencieuses devant l’entrée du Palais des Nations de l’ONU pour interpeller les négociateurs et les rappeler à leurs responsabilités : “Soyez courageux” , “Mettez fin à la pollution plastique”, “Changez le processus de négociations” ; les associations ont notamment insisté sur la nécessité de recourir au vote pour éviter l’enlisement des négociations.

À l’issue des négociations, les ONG ont salué la majorité croissante de pays engagés dans la résolution de la crise du plastique et  dénoncé les lobbies industriels et les Etats de mauvaise foi, qui ont bloqué les négociations.

3. Mieux vaut une absence d’accord qu’un mauvais traité

Une proposition de texte au rabais méprisant le travail des pays constructifs :

Les pays ambitieux et constructifs ont proposé plusieurs textes, notamment sur la production, les produits chimiques et la santé incluant une approche globale couvrant l’ensemble du cycle de vie des plastiques, mais ces efforts ont été systématiquement bloqués par une minorité de pays prônant des mesures non contraignantes axées sur la gestion des déchets.

Les deux projets de texte du président du Comité International de négociations ont donc privilégié le consensus autour de la minorité, abaissant l’ambition générale. Le document du 13 août ne contenait plus d’article sur la production de plastique, ni de liste de produits à bannir, ni de plan pour interdire certaines substances dangereuses. Les systèmes de réemploi ont été, eux aussi, exclus malgré le soutien de nombreux pays.

Il était ainsi impossible, sur cette base de texte très faible, de parvenir à un traité acceptable en seulement quelques heures de négociations restantes.

Raisons de l’échec :

  • L’influence des lobbies industriels notamment de la pétrochimie : au moins 234 lobbyistes de l’industrie chimique et des énergies fossiles, sans compter ceux représentant d’autres secteurs industriels, étaient présents.  Certains étaient même intégrés aux délégations nationales, ce qui leur a permis d’accéder aux réunions « informelles » fermées aux observateurs. Pour plusieurs acteurs, inclure ceux qui profitent de la pollution plastique dans le processus revient à garantir un traité protégeant leurs intérêts financiers plutôt que l’intérêt général.
  • Le blocage des pays pétroliers : en refusant toute contrainte sur la production de plastique (très majoritairement fabriqué à partir de pétrole), rejetant ainsi le principe d’un traité couvrant l’ensemble du cycle de vie du plastique inscrit dans le mandat de négociations.  Très organisés, ces États ont nié les faits scientifiques sur les impacts du plastique et bloqué les avancées. Comme le rappellent certains observateurs, des pays comme l’Arabie saoudite ou Bahreïn agissent finalement comme de véritables lobbys du pétrole.
  • Un retour néfaste des États-Unis dans les négociations : L ’administration Trump a activement cherché à influencer d’autres États, allant jusqu’à leur adresser des lettres pour les inciter à rejeter un traité limitant la production de plastiques. Une position alignée sur les intérêts de l’industrie américaine, farouchement opposée à toute contrainte en la matière.
  • Les défaillances du processus, chaotique et peu transparent, et l’obsession du consensus. L’échec des néogociations a révélé les limites d’un consensus trop rigide qui permet à une minorité de pays de bloquer toute avancée. La stratégie du groupe « like-minded » (Pays du Golfe, Iran, Russie, Inde, rejoints par les États-Unis) a oscillé depuis plusieurs sessions de négociations entre positions radicales, négation de la science, perte de temps sur des questions de procédure,

Des lignes rouges tenues et des avancées

Face à ces blocages, les pays ambitieux – dont l’Union européenne, la France, le Canada, l’Australie, ainsi que de nombreux États d’Amérique latine, d’Afrique et des îles du Pacifique ont refusé de valider un texte sans substance. Ils ont tenu bon face aux pressions exercées, préférant assumer un échec plutôt que d’entériner un accord au rabais. Cette résistance illustre leur volonté de porter un traité réellement transformateur.

La France a clairement affiché sa position, par la voix de la ministre Agnès Pannier-Runacher, qui a affirmé à l’issue de la rencontre : « La France ne renoncera pas » face à la pollution plastique.

Point positif : les négociations ont permis des avancées du côté de la majorité de pays ambitieux et constructifs et des ouvertures sur plusieurs thèmes stratégiques (voir plus bas).

4. Des lignes qui bougent et des bases utiles pour un traité ambitieux

Des alliances autour de points stratégiques :

Des alliances entre pays ambitieux se sont formées autour de projets de textes et positions sur des points clés :

  • Élimination progressive des plastiques problématiques : soutenue par 130 pays
  • Santé et toxicité des plastiques : plus de 120 pays ont soutenu un article distinct reconnaissant les risques sanitaires des plastiques.
  • Conception et réutilisation des produits : 111 pays ont soutenu la proposition. Le Groupe africain (54 États) a enrichi cette proposition en intégrant « réutilisation sans toxicité », « recharge », « réparation » et en insistant sur la traçabilité des produits chimiques.
  • Production et financement : plus de 100 pays souhaitent limiter la production incontrôlée de plastique
  • Financement :  151 pays soutiennent la création d’un fonds multilatéral indépendant pour la lutte contre la pollution plastique.

Évolution des positions  :

Même des pays historiquement réticents, comme la Chine, reconnaissent à l’issue des négociations que la pollution plastique concerne “ toute la chaîne de production, de consommation, de recyclage et de gestion des déchets”, et que nos économies sont “trop dépendantes du plastique”.

Des positions constructives ont été également portées par le Brésil, notamment sur la santé humaine, ou l’Afrique du Sud qui se dit déçu qu’il n’ait pas été possible lors de cette session de parvenir à un accord sur un traité juridiquement contraignant et que les positions restent très éloignées.

5. Perspectives et défis à venir :

L’avenir reste incertain : une ultime session de négociations est évoquée mais la date et la forme ne sont pas encore connues

Au-delà de la date et du lieu, la question du process de négociations ets majeure. Il est nécessaire de revoir le mécanisme de consensus pour éviter que l’influence des minorités bloquent les avancées.

La transparence et la participation de tous les acteurs, y compris la société civile, doivent être renforcées pour maintenir l’ambition collective malgré les obstacles.

Plusieurs rendez-vous internationaux fin 2025 qui permettent une poursuite informelle des échanges

  • 80e Assemblée générale des Nations unies du 9 au 23 septembre 2025 au siège des Nations unies à New-York, Climate week à New York,
  • COP Climat au Brésil du 10 novembre au  21 novembre,
  • Assemblée générale des Nations Unies pour l’environnement du 8 to 12 December 2025 à Nairobi au Kenya

Lors de ces rencontres, les États pourront poursuivre de manière informelle le dialogue sur le traité plastique et tenter de créer des rapprochements sur certaines positions.

Comptez sur nous pour continuer à suivre ces négociations et à inter-agir avec les délégations impliquées dans le processus de négociations.